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Etude de prévalence de dysfonctions somatiques de l’ATM après avulsion des dents de sagesse sur une population d’étudiants au CEESO paris. 

 

Introduction Le retrait des dents de sagesse est à notre époque une procédure chirurgicale des plus courantes. Il apparait donc nécessaire d’en connaître le retentissement sur l’articulation temporo-mandibulaire. Il existe peu de controverses au sujet de la nécessité d’extraire les dents de sagesse associées à une pathologie clinique/et ou radiologique ; par contre, en ce qui concerne l’extraction préventive systématique des dents de sagesse saines (incluses ou non incluses), il y a un véritable manque de bénéfices démontrés et les procédures de sont pas sans risques. Le protocole d’extraction implique une ouverture forcée de la bouche à l’origine d’éventuels étirements musculaires et ligamentaires, voire de subluxations du condyle ou encore de déplacement discal. Néanmoins en tant qu’ostéopathe l’intérêt de cet acte réside dans les complications à long terme pouvant entrer dans notre champ de compétence.

En 2007, l'American Public Health Association (APHA) s'opposait à l'extraction prophylactique des dents de sagesse. Selon elle, seulement un tiers des extractions seraient justifiées, et il n'existerait aucune preuve scientifique susceptible de justifier chaque année, l'avulsion systématique de millions de dents de sagesses asymptomatiques. En effet de très nombreuses études ont donc été réalisées sur ce sujet dans le domaine de la stomatologie et de l’orthodontie. Cependant les études de ces complications se sont surtout intéressées aux troubles immédiats et locaux. Comme la littérature ne fait qu’émettre des hypothèses et ne nous apporte pas de réponse satisfaisante, nous avons décidé de tenter de réaliser une étude clinique afin de répondre à la question suivante :

L’extraction des dents de sagesse peut-elle être à l’origine d’une dysfonction de l’ATM ?

Le terme DTM regroupe tout un ensemble de troubles décris pour la première fois en 1934 sous le terme de syndrome de Costen, mais que l’on retrouve parfois, entre autres, sous le terme de troubles cranio-mandibulaires, ou encore pertubations occluso-mandibulaires. Il s’agit d’un syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur (couramment nommé SADAM) classiquement défini par une douleur au niveau de l’articulation, la présence de bruits articulaires et l’altération des mouvements mandibulaires. Cela comprend donc tous les troubles douloureux ou non douloureux dus à une dysfonction somatique de la musculature masticatrice et/ou de l’articulation temporo-mandibulaire. Seront alors souvent présents une habitude masticatoire et/ou une stratégie d’évitement lors des gestes vocaux, de déglutition et de mastication.

Parmi les plaintes des sujets atteints d’une DTM, on retrouve des céphalées de tension, des otalgies, des douleurs rétro-oculaires, des névralgies faciales et dentaires, des douleurs à l’ouverture et/ou fermeture de la bouche, des bruits articulaires, des restrictions des mouvements mandibulaires, des troubles de la perception auditive (acouphènes, hypo ou hyperacousie, sensation de tremblement de l’oreille), vertiges (sensation d’instabilité non rotatoire), glossodynie, une parasomnie, une congestion des sinus, des hypertonies linguales/manducatrices/laryngée, des cervicalgies et scapulalgies, ainsi que des troubles fonctionnels respiratoires ( déséquilibre thoraco abdominale, hyperpnée).

D’un point de vue clinique, l’intérêt est d’optimiser la prévention des dysfonctions temporo-mandibulaires en proposant une prise en charge systématique ostéopathique chez les individus ayant subi une extraction. Ainsi en approfondissant notre approche clinique et notre réflexion ostéopathique, il sera possible d’améliorer la coopération entre nos différentes spécialités médicales pour que chaque patient puisse bénéficier d’une prise en charge optimale.

 

Matériel et méthode : Pour cette étude, 103 étudiants répondant aux critères d’éligibilités ont été recrutés pour participer aux tests et répondre au questionnaire. Le protocole s’est déroulé sur deux jours au CEESO Paris et comportait des tests ostéopathiques ainsi que le remplissage d’un questionnaire. Cependant, nous n’avons finalement pas retenu les résultats de trois d’entre eux, ceci afin de nous permettre de constituer des groupes de 50 sujets chacun afin de faciliter l’analyse de nos résultats, mais également d’homogénéiser notre population en retirant les étudiants de plus de 30 ans. L’absence d’unanimité considérant l’âge comme facteur (ou non facteur) de risque de développer une dysfonction crânio-mandibulaire suite à une avulsion de dents de sagesse, nous a poussé à tenter de constituer les groupes les plus homogènes possible. Nous avons choisi en premier lieu de ne pas rajouter aux critères d’éligibilité ni le type d’extraction (mandibulaire ou maxillaire), ni le nombre de dents de sagesse retirées, pour à la fois nous offrir la possibilité d’avoir accès à davantage de participants et axer l’étude sur une différence présence/absence d’extraction plus globale. Ces données (type et nombre d’extractions) ont néanmoins été notifiées dans un questionnaire auquel ont du répondre les participants, et qui a pu nous aider dans l’analyse de nos résultats. L’évaluation ostéopathique s’est faite par la recherche de la dysfonction somatique Le suivi d’un protocole standard nous a permis en effet de limiter les écarts de résultats entre différents praticiens ; et donc d’en diminuer les biais. Ce protocole se compose d’une palpation osseuse, d’une palpation musculaire, et de tests de la mobilité active et passive de l’ATM.

Au cours de l’examen dynamique de l’ATM, nous avons aussi réalisé un diagramme de FARRAR, qui est un outil diagnostique simple a réalisé permettant de mettre en évidence des dysfonctions temporo-mandibulaires, et de nous informer sur leur réductibilité. Durant les tests actifs de diduction, nous avons aussi vérifié la présence de dyskinesthèse ; il s’agissait pour cela de rechercher des parafonctions (tel que le tremblement de la mandibule, la contraction du muscle orbiculaire de l’oeil…) au cours de mouvements lents de diductions actives, signe d’une dysfonction chronique d’ATM.

 

Au cours de cette étude nous avons été confrontés à certains biais tendant à diminuer la puissance de cette étude. Ceux-ci ont été abordés dans un premier temps au cours de notre analyse. Dans un second temps les résultats obtenus ont ensuite été interprétés et comparés aux données de la littérature.

 

Résultats : Au moyen d’un soap note form, d’un questionnaire et d’un test chi-2, cette étude clinique nous a permis de mettre en évidence de façon significative un nombre plus important de dysfonctions chez les sujets avec antécédents d’extraction de DDS, avec majoritairement des restrictions de mobilité. De plus cliniquement, ces mêmes étudiants ont présenté davantage de signes de diskinesthèse et ont évoqué globalement bien plus de symptômes pouvant s’apparenter à une dysfonction temporo-mandibulaire que les individus du groupe témoin.

 

En conclusion : il semblerait donc que l’extraction des dents de sagesse possèderait une influence non négligeable sur les dysfonctions de l’ATM en favorisant leur apparition.

Afin d’augmenter la puissance de cette étude en limitant les biais évoqués dans la discussion, et afin d’approfondir les hypothèses proposées dans notre analyse, il serait intéressant de concevoir de futures études plus poussées, avec davantage de temps et de moyens. En effet, augmenter la taille de l’échantillon et en varier sa composition (comme par exemple ne pas se limiter aux étudiants du CEESO), ou orienter la comparaison analytique selon le nombre de dents de sagesse extraites, le type d’anesthésie ou encore selon la nature des symptômes évoqués, permettraient dans l’avenir d’approfondir nos connaissances en ostéopathie sur ce sujet. De plus, il serait particulièrement judicieux de réaliser une étude qui évaluerait le moment où l’intervention de l’ostéopathe serait la plus pertinente en post-avulsion des dents de sagesse afin d’optimiser la prise en charge des patients. Dans ce cadre, l’ostéopathe pourrait avoir une action préventive majeure en corrigeant les dysfonctions retrouvées et éviter l’apparition d’une symptomatologie complexe et variée.

 

Mots clés: ATM, extraction des dents de sagesse, dysfonction somatique, DTM

 

Anaïs COLIN
Ostéopathe DO. à Villepreux (78)


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